
Construire la Yourte c'est déjà partir. Partir d’une violence faite à la langue dans la langue, partir d’une nécessité personnelle de violanguer l’idiome natal.
À un moment le besoin existe de quitter la langue du dedans, besoin de faire un dehors à l’estouffade langagière, de tromper la langue, en bon traître, en fils indigne, en adule-terre. C’est ce que je veux nommer par le nom de yourte, ce mouvement tellurique d’un dedans vers un dehors de la langue. Dehors, c’est la yourte, dedans, c’est le mond’poche, tissé par la lang de l’hom. Moi pour l’occasion, c’est Jah Klacan.
Construire la yourte, c’est aussi partir dans un autre sens, qui contredit la notion précédente du « partir de », du « point de départ », de l’origine en somme. Toujours déjà parti. C’est être à la recherche d’un site agissant, mais qui n’aurait presque pas besoin d’exister, ou besoin seulement d’un presqu’exister, qui s’écrirait comme la géographie d’une quête pouvant se perpétuer partout, parce que justement privée d’un lieu où l’assigner. Une yourte, babel en kit, un habitat pour foutre le camp.
Yourter la langue, ou faire la yourte dans la langue, si l’on prétend se faire comprendre, comment ce nuage de sens pourrait-il encore être éclairci ? Faire la yourte, yourter la langue veut dire :
J’habiterai la langue à ma manière propre, je déjouerai les assignations de la langue (ses effets de dominance), je la rendrai habitable, espérant par là rendre habitable le monde lui-même.
Je deviendrai un redresseur de tort, une sorte de batman, de robin des bois, un zorro de la langue. Je vengerai les opprimés, les assignés, les malparlants, avec pour masque le nom de Jah Klacan.
